Comme chaque année, deux villes européennes se voient décerner le label de capitale européenne de la culture. Depuis janvier 2013, Marseille (France) et Kosice (Slovaquie) sont mises à l’honneur. Et à J-38 avant la fin des festivités et de l’année Capitale, l’heure est au bilan et les questionnements quant à l’impact de l’évènement dans chacune des régions est sur toutes les lèvres.

Depuis leur désignation, les deux capitales ont subi un véritable lifting urbain et c’est d’autant plus vrai que Kosice ayant eu un budget relativement serré d’un montant de 100 millions d’euros (dont 85% viennent de la Commission, 10% du ministère slovaque de la Culture et 5% de mécénats divers) s’est davantage attardé à la rénovation de ses infrastructures plutôt qu’à la mise en place d’expositions prestigieuses. De son coté, la cité phocéenne s’est vu octroyé un budget colossal de 770 millions d’euros arrachés à 11 ministères et aux nombreuses collectivités locales, qui lui ont notamment permis la construction du Mucem (Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée), lieu d’envergure internationale.

La dynamique 2013 est au rendez-vous

Avec un nombre de visiteurs supérieur à 7 millions, dont 1,25 million pour le Mucem à lui seul, Marseille semble jouir de retombées économiques positives et notamment en ce qui concerne le secteur touristique. Lors du 3ème rendez-vous CCIMP du Commerce (Chambre de commerce et d’industrie de Marseille Provence), qui s’est tenu vendredi 15 novembre dans la citée phocéenne, Hugues de Cibon, directeur du pôle Tourisme de la ville de Marseille, se réjouit d’un changement positif en terme médiatique. Les médias ayant en effet abordé un autre sujet que celui des règlements de compte ou des grèves des éboueurs. Par ailleurs son statut de capitale européenne devrait lui permettre de dégager un bénéfice d’environ 600 millions d’euros (1 euro investit rapporterait 6 euros). Il semble que Marseille Provence devrait laisser des traces et instaurer une dynamique.



Kosice, quant à elle, et malgré une situation géographique très contraignante (ville excentrée et situé à 400 km du moteur du pays, Bratislava) a connu un regain de son activité économique. Son statut de capitale européenne a notamment participé au désenclavement de la région, avec depuis septembre dernier, l’ouverture d’une ligne Londres-Kosice géré par une compagnie low-cost polonaise, Wizz Air.

La culture est donc clairement considérée comme un levier économique puisque selon l’UE, les capitales culturelles voient leur nombre de touristes augmenté d’environ 15% pendant l’année Capitale.

Les oubliés des festivités

Pourtant, et malgré un budget pharaonique, seuls les quartiers dits touristique ont subi des travaux d’assainissement. Les quartiers dit « à problèmes », situés dans le nord de Marseille et figurant parmi les plus pauvres de la ville devront, quant à eux, se contenter des miettes de ce que le projet a à leur proposer. A titre d’exemple, seuls 3 des 52 projets d’urbanisme leur ont été attribué. Les organisateurs des festivités, se sont vu de leur côté reproché leur manque de concertation avec les principaux intéressés : les marseillais et les artistes locaux qui semblent avoir été totalement occulté. Ce projet a par ailleurs lésé de nombreux lieux emblématique de la culture phocéenne (tel que Noaille ou La Joliette), écrasant de fait une culture locale bien ancrée.

De son côté, Kosice, se voit au centre d’une polémique concernant la construction d’un mur « anti Roms » dans le quartier de Lunik IX, considéré par Androulla Vassiliou , commissaire chargée de l’Éducation et de la Culture comme source de «ségrégation» d’une partie de la population de la ville, et comme «etant en contradiction avec la raison d’être du titre de Capitale européenne de la Culture».

Le bilan s’avère donc quelque peu mitigé, et il est à espérer que l’avenir post-Capitale permette la réhabilitation des populations locales et fasse de la culture un véritable lien de rapprochement, et qu’il ne soit pas créateur ou accélérateur des inégalités.