Le 24 Septembre 2017 les électeurs allemands étaient appelés à renouveler le Bundestag, le parlement de la république fédérale allemande. A l’issu de ce scrutin l’Allemagne de la chancelière Angela Merkel s’est retrouvée dans une situation de crise politique inédite : une succession d’événements ont empêché la formation d’une coalition et donc d’un nouveau gouvernement, une première depuis la création de la république en 1949.Le premier facteur est incontestablement l’échec des partis traditionnels à mobiliser leurs électeurs, avec pour conséquence directe l’arrivée au parlement de près de 90 députés du nouveau parti populiste Alternative Für Deutschland (AFD). Ce dernier se veut une réaction à la politique de la jusqu’ici incontestée chancelière. L’AFD juge que les dernières politiques menées par le gouvernement de grande coalition SPD (sociaux-démocrates) –CDU/CSU (conservateur) sont destructrices pour l’Allemagne. Suite à cette percée de l’extrême droite les sociaux-démocrates du SPD ont annoncé par la voix de leur leader, M. Schulz le refus de leur parti de reconduire une nouvelle grande coalition.
Un fait en entraînant un autre Angela Merkel doit donc former une nouvelle coalition, toutefois très tôt elle a exclu d’inclure dans les discussions l’AFD. Il ne restait donc à la chancelière qu’une solution : obtenir des libéraux (FDP) et des écologistes (Die Grüne) la formation d’une coalition dite Jamaïque (en référence aux couleurs des partis composant cette coalition qui renvoient au drapeau de la Jamaïque) ; cela n’arrivera jamais puisque le lundi 20 Novembre après plus d’un mois de négociations ardues le FDP annonce renoncer à gouverner. Les motifs de discorde : la politique migratoire et la politique environnementale. En effet sur ces deux sujets les libéraux et les écologistes sont en désaccord total.
Vendredi 24 Novembre l’acte trois de ce drame politique a permis au SPD de revenir sur scène. Ce dernier a entendu les appels à la concession du président de la république Frank-Walter Steinmeier (SPD) qui redoute le scénario le plus pessimiste qui est dans les têtes de tout le monde : un blocage politique amenant à convoquer de nouvelles élections début 2018. Les sondages sont unanimes : un tel scénario ne serait profitable qu’à l’extrême droite. Avec cet accord de principe du SPD et sa reprise des négociations avec le CDU/CSU tout semblait aller de nouveau pour le mieux. C’était sans compter le ministre de l’agriculture en poste : le conservateur bavarois Christian Schmidt (CSU).
Lundi 27 Novembre il a, de manière apparemment unilatérale, soufflé sur les braises de la crise en permettant à l’Allemagne de voter pour la reconduite pour cinq ans de l’herbicide internationalement contesté : le glyphosate. Ce vote est surprenant à bien des égards : tout d’abord il va à l’encontre de la position officielle de l’Allemagne qui avait annoncé vouloir s’abstenir, le gouvernement ne voulant pas s'engager à l’échelle européenne alors qu’il ne gérait que les affaires courantes du pays. Angela Merkel est donc mise en porte-à-faux par son ministre rebelle, ce dernier la désavouant en pleine négociations avec M. Schulz qui porte une attention toute particulière aux questions environnementales.

Quels sont les buts de M. Schmidt ?

C’est la question qu’on peut légitimement se poser quand on sait que plus de 52% des derniers sondés en Allemagne réprouve l’utilisation du glyphosate. Son geste étrange est contestable et contesté, à commencer par Angela Merkel elle-même qui à vertement rappeler à l’ordre son ministre. Peut on y voir un appel du pied à la firme Monsento en pleine tractations pour être absorbée par Bayer (géant de l’industrie chimique allemande), ou doit-on y voir une volonté de torpillage des négocations CDU/CSU - SPD ? Dès la sortie de crise une clarification officielle de l’Allemagne s’impose afin de savoir si elle veut tendre vers une politique environnementale responsable et ambitieuse ou bien aider coute que coute ses géants industriels de l’agrochimie. Une chose est sûre : un blocage politique interne en Allemagne va avoir des conséquences rapides pour l’avancement du projet européen que Emmanuel Macron et Angela Merkel ont décidés de porter conjointement.
Raoul Daubresse