Le jeudi 14 et le vendredi 15 décembre 2017, a eu lieu un sommet du Conseil européen, présidé par Donald Tusk. Parmi les sujets tels que la crise migratoire, l’approfondissement de l’union monétaire ou encore les négociations du Brexit, a été abordée et lancée la Coopération de Sécurité Permanente (CSP), premier grand pas concret, comme le rappellent les presses nationales et internationales, en matière d’Europe de la Défense.

La Défense, projet ancien de l’Europe

Le 14 décembre 2017, Donald Tusk twittait “Today dreams become reality. #PESCO is a practical expression of our will to build European Defence Good news for EU and for our allies. Bad news for our enemies.” (« Aujourd’hui le rêve devient réalité. #PESCO est l’expression pratique ne notre volonté de construire une Défense européenne. Bonne nouvelle pour l’UE et ses alliés. Mauvaise nouvelle pour ses ennemies. ») . Ce tweet, par sa première phrase, sous-entend que le projet d’une Europe de la défense est ancien. Dans les années 1950 fut débattue la Communauté européenne de Défense (CED). Ensuite, prévue dans le traité de Lisbonne, la CSP amorce concrètement l’entrée dans l’Europe politique et surtout militaire. Elle vient renforcer et compléter la politique de sécurité et de défense commune (PSDC) et le mécanisme (financier) Athéna.

Quels sont les objectifs de ce projet « historique » selon Federica Mogherini ?

Lancée par les ministres de la Défense français et allemand, la CSP (ou PESCO en anglais) est le résultat d’un an de négociations, qui a abouti le 13 novembre dernier. D’abord conclue à vingt-trois, ce sont finalement 25 des 28 membres qui s’y sont engagés lors du dernier sommet européen des 14 et 15 décembre. Selon Federica Mogherini, il s’agit « de développer davantage nos capacités militaires pour renforcer notre autonomie stratégique. » Les documents officiels spécifient que la CSP doit permettre d’augmenter les investissements dans la Défense et les équipements militaires dans l’objectif de rendre plus facilement déployable les forces armées des Etats membres lors d’opérations. Ainsi les Etats membres, selon ces mêmes documents, pourront augmenter leur efficacité vis-à-vis des défis de sécurité.

Dans sa structure, le projet a vu deux conceptions s’opposer, française et allemande, comme mentionnées dans la presse, notamment dans chez Challenges et Toute l'Europe. C’est la seconde, la conception allemande, qui est, selon les mots du Conseil, « ambitieuse et inclusive », qui a été retenue. En effet, l'idée est d'intégrer le plus d'Etats possibles, au contraire de la France qui était partisane d’un projet plus ambitieux en termes de risques des opérations, et plus restrictif.

La CSP, ambitieuse et malgré tout, limitée

Toutefois, certaines réserves sont émises sur la bonne foi des Etats membres à accepter une gestion collective de la Défense. Rappelons qu'elle fait partie, avec la sécurité, des pouvoirs régaliens de l'Etat. Ainsi, les Echos mentionnent la position polonaise qu’ils décrivent comme faisant partie de la CSP pour mieux la bloquer, et questionnent la politique de la Suède, cette dernière venant d’acquérir des missiles étasuniens. En fait, cela vient souligner le thème épineux de la souveraineté nationale.

Egalement, lui était opposée l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord), ce que le communiqué du Conseil européen mentionne sans détour. Le problème repose sur le fait que la CSP pourrait être jugée comme concurrente de l’OTAN, ce qu'a démenti Donald Tusk en rappelant le fait qu'elle permettra , au contraire, de renforcer les liens entre les deux organismes.

La Coopération de Sécurité Permanente est donc une grande avancée en matière de politique européenne, qui suscite à la fois espoirs, craintes et interrogations.

Sources :