L’indépendance militaire de l’Europe : ambition réaliste ou rêve ?

Le nouveau pacte de paix pour la guerre Russie-Ukraine, proposé par Donald Trump en novembre 2025, a suscité de nombreuses réactions négatives parmi les dirigeants européens, qui l’ont qualifié de « capitulation directe pour l’Ukraine » et de « non-respect de la souveraineté de l’Ukraine ». Même si l’Union Européenne a certainement son mot à dire dans ce conflit, la réalité démontre que l’Europe, qui est toujours largement dépendante des États-Unis en matière de sécurité et défense, n’a malheureusement pas suffisamment de pouvoir de négociation. La question quand elle deviendra indépendante du soutien militaire des États-Unis pour pouvoir peser pleinement sur l’issue des négociations, reste ouverte.

Comme le souligne un rapport du CSIS publié en octobre 2025 (Center for Strategic and International Studies), l’Europe n’est toujours pas prête à se défendre sans les États-Unis. L’Europe a besoin du temps pour remplacer de nombreuses capacités stratégiques et capacités de soutien fournies par Washington, comme la frappe en profondeur ou les moyens de renseignement, surveillance et reconnaissance (ISR), y compris les capacités spatiales.

La capacité de conduire des opérations militaires de manière indépendante, définie comme une priorité par Ursula von der Leyen dans le discours sur l’état de l’Union en septembre 2025, reste difficile à garantir. Le principal problème concerne la dissuasion nucléaire : jusqu’à présent, les États-Unis ont étendu leur protection nucléaire à l’Europe, ce qui augmente le coût potentiel pour tout agresseur et rend beaucoup moins probable que Poutine cherchera à étendre la guerre au-delà de l’Ukraine. Par ailleurs, les systèmes de défense aérienne américains demeurent essentiels pour permettre à l’Ukraine de limiter les pertes civiles et militaires. Les États-Unis restent toujours le principal fournisseur d’armes à l’Ukraine, devant l’Allemagne et la Pologne.

Enfin, l’administration Trump a clairement indiqué qu’elle n’était plus intéressée par le développement de la relation transatlantique. Cela se manifeste par l’effacement constant et délibéré de la participation européenne dans les initiatives américaines de paix en Ukraine, ainsi que par la Stratégie de sécurité nationale publiée en novembre 2025. Cette dernière rejette ouvertement l’Europe dans sa forme politique actuelle et constitue un signe explicite du changement radical opéré par Trump dans la coopération entre les États-Unis et l’Europe.

Le dernier choc dans des relations transatlantiques est survenu juste avant Noël, lorsque les États-Unis ont sanctionné cinq ressortissants européens impliqués dans la régulation des entreprises technologiques, dont l’ancien commissaire européen Thierry Breton. Le département d’État américain a annoncé mardi qu’il refuserait des visas à ces cinq personnes, les accusant d’avoir cherché à « contraindre » des plateformes américaines de réseaux sociaux à censurer des points de vue auxquels elles s’opposent.

La logique géopolitique qui pousse l’Europe à réduire sa dépendance envers les États-Unis est très forte. Alors que Trump et ses tendances politiques américaines mettent en lumière l’imprévisibilité de l’engagement américain, le Moyen-Orient devient de plus en plus instable et la Russie de plus en plus menaçante.

Sources :

CHAPIRO, Jeremy. « Why America? The US role in European defense and the European mind ». CHAIRE GRANDS ENJEUX STRATÉGIQUES CONTEMPORAINS (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), 18 mars 2019. Disponible à l’adresse : https://chairestrategique.pantheonsorbonne.fr/themes/2019/why-america-us-role-european-defense-and-european-mind (consulté le 2 janvier 2026).

THE WHITE HOUSE. « National Security Strategy of the United States of America », novembre 2025. Disponible à l’adresse : https://www.whitehouse.gov/wp-content/uploads/2025/12/2025-National-Security-Strategy.pdf (consulté le 2 janvier 2026).

FRANCE 24. « EU strongly condemns US sanctions against five Europeans », 24 décembre 2025. Disponible à l’adresse : https://www.france24.com/en/live-news/20251224-eu-strongly-condemns-us-sanctions-against-five-europeans (consulté le 2 janvier 2026).

NOVIKOV, Illia. « Ukraine gets more Patriot air defense systems to counter deadly Russian attacks ». AP NEWS (The Associated Press). 3 novembre 2025. Disponible à l’adresse : https://apnews.com/article/russia-ukraine-war-patriots-drones-missiles-facc290c820961f25cda6c7fd689baf3 (consulté le 2 janvier 2026).

STATISTA. « Arms imports in Ukraine 2018–2022, by supplier », mars 2025. Disponible à l’adresse : https://www.statista.com/statistics/1294196/ukraine-arms-imports-by-country/ (consulté le 2 janvier 2026).

COMMISSION EUROPÉENNE – Représentation en France. « Discours sur l’état de l’Union 2025 de la Présidente von der Leyen », 10 septembre 2025. Disponible à l’adresse : https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/fr/SPEECH_25_2053 (consulté le 2 janvier 2026).

KWONG, Jamie et BESCH, Sofia. « Unpacking Europe’s Deterrence Dilemmas ». CARNEGIE ENDOWMENT FOR INTERNATIONAL PEACE (Carnegie Europe), 11 décembre 2025. Disponible à l’adresse : https://carnegieendowment.org/europe/strategic-europe/2025/12/unpacking-europes-deterrence-dilemmas?lang=en (consulté le 2 janvier 2026).

CENTER FOR STRATEGIC AND INTERNATIONAL STUDIES (CSIS). « How Europe Can Defend Itself with Less America », octobre 2025. Disponible à l’adresse : https://csis-website-prod.s3.amazonaws.com/s3fs-public/2025-10/251008_Bergmann_Europe_America.pdf?VersionId=gU.6G8PzLlwKppQ7OW6zqIzXdGXYiQ.f (consulté le 2 janvier 2026).