Brexit, acte II : la gauche britannique remet l’union douanière sur la table
Treize députés du Parti travailliste britannique ont soutenu, le 9 décembre 2025, une proposition des Libéraux-démocrates appelant à ouvrir des discussions sur la possibilité pour le Royaume-Uni d’envisager un alignement plus étroit avec l’union douanière de l’UE. Ce vote met en évidence une division interne au Parti travailliste, puisqu’il contredit à la fois le manifeste du Parti travailliste — qui exclut un retour dans l’union douanière actuelle de l’UE — et la position du Premier ministre travailliste Keir Starmer, qui a récemment déclaré qu’une telle démarche « n’était pas actuellement notre politique ». Richard Burgon, Dawn Butler et Dame Meg Hillier figuraient parmi les députés travaillistes ayant soutenu le projet sur l’union douanière Royaume-Uni–UE. Cependant, les derniers mois, des ministres travaillistes, y compris le Premier ministre, se sont montrés plus critiques à l’égard du Brexit.
Le vote sur le texte s’est soldé par une égalité, avec 100 députés de chaque côté, ce qui a conduit la vice-présidente de séance Caroline Nokes à trancher. Elle a indiqué qu’elle soutenait le projet de loi « afin de permettre la poursuite du débat ».
Ce vote, qualifié de « victoire historique » par le chef libéral-démocrate Ed Davey, marque la réouverture d’un débat resté largement en sommeil depuis la fin de la période de transition post-Brexit. Même s’il n’entraîne aucun changement immédiat de politique, il signale un intérêt croissant pour la réduction des frictions commerciales qui ont affecté, au cours des quatre dernières années, la circulation des biens entre le Royaume-Uni et l’UE. « Le Premier ministre doit désormais écouter le Parlement et l’opinion, abandonner ses lignes rouges auto-imposées et viser enfin une véritable croissance grâce à un accord commercial ambitieux avec l’UE », a-t-il ajouté. Fin décembre, Starmer restait toutefois fermement opposé à l’option d’une union douanière : « Nous renforçons nos relations avec l’UE sur plusieurs fronts, notamment le commerce et l’économie », tout en précisant : « Nous avons des lignes rouges claires concernant le marché unique et l’union douanière ».
La controverse a commencé après la sortie formelle du Royaume-Uni de l’union douanière de l’UE, le 1er janvier 2021, lorsque l’Accord de commerce et de coopération UE–Royaume-Uni est entré en vigueur. L’idée centrale est qu’une union douanière permet aux États membres d’appliquer les mêmes droits et taxes sur les biens importés depuis l’extérieur, facilitant ainsi les échanges au sein de l’union. Ce choix a rétabli la capacité du Royaume-Uni à conclure des accords commerciaux indépendants, mais a introduit des contrôles douaniers, des exigences de règles d’origine et de nouveaux obstacles pour les exportateurs. Bien que, depuis le Brexit, le gouvernement cherche à resserrer ses liens avec l’UE — notamment via des accords sur les normes alimentaires, les échanges d’électricité et des visas pour les jeunes — les conséquences économiques du Brexit restent difficiles à sous-estimer. Selon Al Pinkerton, porte-parole des Libéraux-démocrates sur l’Europe, le Brexit a été « un échec économique retentissant » qui a « étouffé l’investissement des entreprises, affaibli la résilience économique, étranglé le commerce, bridé l’économie et rendu chacun d’entre nous plus pauvre ».
Cependant, certains députés conservateurs ont averti qu’adhérer à une union douanière irait à l’encontre de la volonté des électeurs ayant soutenu le Brexit lors du référendum et créerait de l’incertitude pour les entreprises.
Le débat s’est poursuivi, puisque, fin décembre, la principale confédération syndicale britannique, le Trades Union Congress (TUC), a appelé le gouvernement travailliste à envisager un retour dans une union douanière avec l’UE. « Le gouvernement doit faire tout ce qu’il peut pour construire la relation de travail positive la plus étroite possible avec l’Europe, économiquement et politiquement… y compris, le cas échéant, l’union douanière », a déclaré Paul Nowak, secrétaire général du TUC.
Sources :
PARLEMENT DU ROYAUME-UNI. « Division 2215 – UK-EU Customs Union Bill », 9 décembre 2025. Disponible à l’adresse : https://votes.parliament.uk/votes/commons/division/2215#noes (consulté le 2 janvier 2026).
WHANNEL, Kate. « Thirteen Labour MPs vote for talks on joining EU customs union ». BBC News, 9 décembre 2025. Disponible à l’adresse : https://www.bbc.com/news/articles/cwywr089l7vo (consulté le 2 janvier 2026).
LUNDAY, Chris. « UK trade unions urge Labour to revisit EU customs union ». POLITICO EUROPE, 28 décembre 2025. Disponible à l’adresse : https://www.politico.eu/article/uk-trade-unions-urge-labour-revisit-eu-customs-union-brexit/ (consulté le 2 janvier 2026).
COUREA, Eleni. « Labour calls to rejoin EU customs union will become harder for Starmer to resist ». THE GUARDIAN, 22 décembre 2025. Disponible à l’adresse : https://www.theguardian.com/politics/2025/dec/22/labour-calls-rejoin-eu-customs-union-harder-starmer-resist (consulté le 2 janvier 2026).