L’élargissement européen : le pari stratégique de l’UE face à l’incertitude mondiale
Face à la guerre qui menace l’Europe et le monde qui devient de plus en plus instable, António Costa mise sur l’élargissement de l’Union européenne : coup de génie stratégique ou saut dans l'inconnu ?
La vision d’António Costa
Pour António Costa, président du Conseil européen, l’élargissement de l’Union européenne n’est plus une simple procédure administrative, c'est une arme géopolitique. Son objectif est clair : rendre l’Europe plus sûre, plus forte et plus prospère.
Dans son discours le 17 novembre 2025, António Costa affirme que l’intégration de l’Ukraine, de la Moldavie et des Balkans occidentaux renforcerait la défense collective et la paix dans la région. Loin d'être un poids, il rappelle que chaque extension passée de l’UE a accru la prospérité et créé des millions d’emplois, tout en consolidant les valeurs démocratiques. Cependant António Costa prévient que l’élargissement n’est pas une « course de vitesse », mais un processus fondé sur le mérite. Pour rejoindre le bloc, il faut en adopter les règles, sans quoi la crédibilité de l'UE volerait en éclats.
Des avancées tangibles, mais des blocages persistants
Sur le terrain, les lignes bougent. Le Monténégro avance à grands pas, tandis que l’Ukraine et la Moldavie, contre toute attente, ont achevé rapidement l’examen de l’acquis européen. Cela est un signal fort envoyé à Moscou, ces pays ont la volonté de rejoindre l’Union.
Pourtant, cette ambition se heurte à la dure réalité de l’unanimité. La Hongrie de Viktor Orbán continue de jouer les trouble-fête, bloquant régulièrement les dossiers de Kyiv et de Belgrade. L’adhésion exige l’accord des 27 États membres et cette opposition illustre le dilemme central de l’élargissement : comment soutenir les réformes et accélérer l’intégration tout en respectant les règles et la diversité politique de l’Union ?
Les points de vue divergents
Même si António Costa défend l’élargissement comme un levier stratégique, tous ne partagent pas ce point de vue. Le cas de la Géorgie agit comme une douche froide, malgré son statut de candidat, l’UE est restée impuissante face à un rapprochement avec Moscou. Cela prouve qu’un statut de candidat n’est pas un gilet pare-balles contre l'autoritarisme.
Pour certains États membres, la prudence prime. Marie Bjerre, ministre danoise des affaires européennes, rappelle que toute adhésion dépend des réformes et du respect strict des critères de Copenhague. Même sous pression américaine, l’UE ne transige pas sur ses standards, la rapidité ne doit jamais se faire au détriment de la légitimité et de la crédibilité du processus.
Un enjeu pour les citoyens et l’Europe
Au-delà des négociations politiques, l’élargissement impacte directement les citoyens. Les plans de croissance pour les Balkans et la Moldavie (entre 6 et 8 milliards d’euros) produisent des effets concrets : intégration au système de paiement en euros (SEPA), réduction des files d’attente aux frontières et modernisation numérique. Pour l'habitant de Chisinau ou de Sarajevo, l'Europe n'est plus un projet abstrait, mais une réalité qui facilite la vie quotidienne.
Mais pour réussir, l’UE doit renforcer ses propres institutions et sa capacité à intégrer de nouveaux membres, tout en maintenant la cohésion interne. L’élargissement est un pari sur l’avenir, et sa réussite dépend autant de la volonté des pays candidats que de celle des États membres actuels.
Conclusion : Oser l'extension pour ne pas sombrer
L’élargissement est le grand test politique de la décennie. António Costa a fait son choix : l'UE doit grandir pour ne pas périr. Mais l’élargissement n’est pas qu’une question de frontières. C’est un miroir tendu à l’Union européenne sur sa propre gouvernance. Une réflexion s'impose sur l'architecture même de Bruxelles. Peut-on raisonnablement envisager une Europe à plus de trente membres sans repenser les mécanismes de décision qui, déjà à vingt-sept, montrent leurs limites ?
L'Union européenne doit trouver l'équilibre entre une ambition d'ouverture nécessaire à sa survie et l'exigence de cohésion interne indispensable à son action. Plus qu'une simple expansion géographique, c'est une véritable redéfinition de l'identité politique de l'Europe qui se joue désormais.
Sources utilisées :
Conseil de l’Union européenne (Consilium). (2025, 4 novembre). Discours du président António Costa lors du sommet d'Euronews sur l'élargissement de l'UE. Consilium — Communiqués de presse. https://www.consilium.europa.eu/fr/...
Conseil de l’Union européenne (Consilium). (2025, 18 novembre). Discours du président António Costa au Forum sur l'élargissement de l'UE - « Achever l'Union, assurer notre avenir ». Consilium — Communiqués de presse. https://www.consilium.europa.eu/fr/...
Euronews. (2025, 04 novembre). Leaders debate Europe’s future at Euronews’ enlargement summit. Euronews. https://www.euronews.com/my-europe/...
Euronews. (2025, 17 décembre). EU membership alone insufficient for Ukraine's security, Danish minister tells Euronews. Euronews. https://www.euronews.com/my-europe/...
EU Press Release. (2025, 16 décembre). L'UE et le Monténégro clôturent provisoirement cinq nouveaux chapitres des négociations d'adhésion. EU Press Release. https://www.consilium.europa.eu/fr/...
Le Monde. (2025, 28 novembre). L’Union européenne impuissante face à la dérive autoritaire et prorusse de la Géorgie. Le Monde. https://www.lemonde.fr/internationa...