Le Royaume-Uni de retour dans le programme Erasmus+ : une décision symbolique pour le « reset » post-Brexit
En 2020, le Brexit a profondément reconfiguré les relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, avec des conséquences immédiates sur les mobilités étudiantes. La sortie britannique du programme Erasmus+ en 2021 a marqué une rupture violente dans la coopération universitaire. Le programme européen Erasmus + permettant l’échange d’étudiants et d’enseignants entre universités à travers l’UE a alors été remplacé par le Turing Scheme, un programme d’échange d’étudiants créé par le ministère de l’Education du Royaume-Uni finançant les mobilités des élèves du primaire aux études supérieures. La naissance de ce programme arrivait à la suite de l’accord de commerce et de coopération passé avec l’UE quant au renoncement du Royaume-Uni au programme Erasmus+, qu’il avait rejoint en 1987. Ainsi, les conditions d’échange sont devenues moins avantageuses. Cette décision de non-participation au programme a été fortement décriée du côté anglais comme européen. Ce sont près de 15 millions de jeunes qui avaient eu l’occasion de participer à une mobilité entre l’UE et le Royaume Uni depuis la fondation du programme.
Un tournant majeur a eu lieu le mercredi 17 décembre 2025, le Premier Ministre travailliste Keir Starmer a annoncé la mise en place d’un accord avec l’UE pour permettre le retour du Royaume-Uni au sein d’Erasmus+ pour la rentrée 2027-2028. Les conditions de visas pour les étudiants sont encore à définir dans l’accord Youth Mobility Scheme mais il est prévu que ce retour permette à 100 000 jeunes de vivre une mobilité à l’étranger. Pour cette reprise, le Royaume-Uni devrait participer au financement du programme à hauteur de 570 millions d’euros. Les Britanniques ont négocié une réduction de 30% des contributions établies dans l’Accord de commerce et de coopération. Néanmoins, celle-ci sera rediscutée dans le cadre des négociations du budget du prochain cadre financier pluriannuel.
Ce retour au sein du programme Erasmus+ se fait dans la continuité du « reset » britannique à la suite du Brexit. Il s’agit d’une stratégie visant à rattraper les conséquences négatives du Brexit en renégociant certains aspects des accords entre l’UE et le Royaume-Uni tout en restant hors de l’UE. Le ministre des Relations avec l’UE, Nick Thomas-Symonds dresse un constat des effets du Brexit, il explique que le gouvernement britannique a fait sortir le Royaume-Uni de l’UE pour répondre à la volonté de son peuple, mais que cinq ans plus tard, il faut faire face aux problèmes économiques mais également de gestion des frontières que cela a engendré. Il souligne ainsi la nécessité de retourner à une coopération plus forte avec l’UE, d’autant plus face à la menace russe sur la sécurité de ses citoyens mais aussi la volonté d’améliorer leur niveau de vie par une dynamisation des innovations et investissements. Le retour du Royaume-Uni au sein du programme Erasmus + est un exemple concret de cette démarche. En 2024 déjà, le Royaume-Uni avait rejoint le programme de recherche Horizon Europe facilitant la coopération entre les chercheurs.
Le 19 mai 2025, Londres et Bruxelles se rapprochaient sur le plan militaire et sanitaire annonçant un renforcement à venir de leur coopération dans de nombreux domaines tels que les migrations, l’agroalimentaire, l’énergie et donc la mobilité des personnes notamment. Ce « reset » entrepris par Keir Starmer entraîne des critiques au sein de la presse britannique en pointant du doigt une faiblesse apparente dans ces concessions faites à l’UE. Néanmoins, The Independant, affirme que le Premier ministre est parvenu à remédier à des querelles constantes entre le Royaume-Uni et l’UE en quinze jours. Cette annonce de retour dans le programme Erasmus+ n’est que la suite logique de l’entreprise de Keir Starmer. Cette décision est saluée par le corps enseignant dont l’organisation de sorties à l’étranger était devenue difficile. Nick Thomas-Symonds a, par ailleurs, félicité ce rapprochement avec l’UE « L'adhésion à Erasmus est une victoire majeure pour nos jeunes, en levant les obstacles et en élargissant les horizons afin que chacun, quelle que soit son origine, ait la possibilité d'étudier et de se former à l’étranger ».
Sources :
Chaaban Florian, Le Royaume-Uni réintègrera Erasmus+ en 2027, après six ans d'absence, Toute l’Europe, publié le 17 décembre 2025, https://www.touteleurope.eu/l-europe-et-moi/le-royaume-uni-reintegrera-erasmus-en-2027-apres-six-ans-d-absence/, consulté le 2 janvier 2026.
Ledroit Valentin, Cinq ans après le Brexit, le Royaume-Uni et l’Union européenne concrétisent leur rapprochement, Toute l’Europe, publié le 20 mai 2025, https://www.touteleurope.eu/l-ue-dans-le-monde/cinq-ans-apres-le-brexit-le-royaume-uni-et-l-union-europeenne-concretisent-leur-rapprochement/, consulté le 2 janvier 2026.
Maddox David, How Starmer managed to have his cake and eat it with new Brexit deal, The Independent, publié le 19 mai 2025, https://www.independent.co.uk/news/uk/politics/brexit-deal-reset-starmer-uk-eu-b2753903.html, consulté le 2 janvier 2026.
Madelaine Nicolas, Bexit : cinq ans après, le Royaume-Uni fait son grand retour dans le programme Erasmus, Les Echos, publié le 17 décembre 2025, https://www.lesechos.fr/monde/europe/brexit-cinq-ans-apres-le-royaume-uni-va-faire-son-grand-retour-dans-le-programme-erasmus-2205240 , consulté le 2 janvier 2026.
Thomas-Symonds Nick, tribune libre, The Telegraph, publié le 4 février 2025, https://www.gov.uk/government/news/minister-for-eu-relations-article-on-uk-eu-reset#:~:text=What%20does%20that%20mean%3F,of%20the%20referendum%20in%202016 , consulté le 2 janvier 2026.