Adhésion à l'UE : quand la crise politique et la désaffection populaire menacent les progrès serbes

Le 4 novembre 2025, la Commission européenne a adopté son train de mesures annuel sur l’élargissement présentant une évaluation complète des progrès accomplis par l’ensemble des dix Etats engagés dans un processus d’adhésion, dont la Serbie. Candidate officielle depuis 2012 et en négociations d’adhésion depuis 2013, elle traverse aujourd’hui un tournant alors que près de 67% de sa population ne soutient plus son adhésion.

La Serbie face au processus d’adhésion de l’UE : état des lieux

Selon l’article 49 du TUE, un Etat européen doit respecter et promouvoir les valeurs de l’UE pour y adhérer, la Commission insistant particulièrement sur la démocratie et les libertés. Il doit aussi satisfaire les 3 critères de Copenhague : politique, économique et d’intégration des 35 chapitres de l’acquis communautaire. La Serbie, soutenue par des financements européens à hauteur de 1.5 milliard d'euros, en a aujourd’hui ouvert 22. Le rapport de la Commission de 2025 a constaté des avancées techniques notamment via la modernisation du registre électoral unifié ou le progrès de la complétude des critères de compétitivité et de croissance inclusive, témoignant de son potentiel économique.

Le parcours serbe vers l’UE ralenti par une crise politique et des tensions géopolitiques

Le rapport de 2025 souligne certains progrès techniques, mais aussi le contexte de détérioration du climat politique et de forte polarisation de la société dans lequel ils s’inscrivent. Depuis les manifestations de masse de novembre 2024, déclenchées après l’effondrement du auvent d’une gare à Novi Sad tuant 16 personnes, le gouvernement serbe de Aleksandar Vučić fait face à une vague de contestations durable. Elle dénonce la corruption, le manque de transparence et la répression de la parole. En ce sens, le rapport pointe une fragilisation des libertés académiques et de la liberté d’expression ainsi qu’un blocage de la réforme judiciaire. Ces constats ralentissent le processus d’adhésion d’autant plus que depuis la réforme de 2020, les chapitres d’adhésion clôturés peuvent être rouverts si des reculs sont observés. La difficulté de l’adhésion serbe tient aussi d’éléments géopolitiques. D’une part, pour rejoindre les 27, l’UE attend de la Serbie qu’elle normalise ses relations avec le Kosovo. Pour des raisons historiques et identitaires, la Serbie ne reconnaît pas l’indépendance du Kosovo, et ce, malgré des accords signés en 2013 sous l’impulsion de l’UE. D’autre part, elle requiert qu’elle s’aligne sur sa politique étrangère. Pourtant, bien que la Serbie est condamnée l’invasion de l’Ukraine, elle refuse de s’aligner sur les sanctions européennes envers la Russie. Elle a aussi renforcé ses liens avec la Chine via des accords de libre-échange entrés en vigueur en 2024, compliquant l’intégration de la Serbie au marché commun. Il semble donc que la Serbie hésite entre orientation européenne et ancrage eurasiatique ce qui alimente les doutes côté européen.

Une désillusion populaire croissante renforçant les doutes sur l’adhésion de la Serbie à l’UE

Aux difficultés précédemment évoquées, s’ajoute le recul du soutien populaire serbe à cette adhésion. Le baromètre de la Commission européenne de février 2025 a révélé qu’il est tombé à 33 %, alors même qu’il atteignait 70 % au début des années 2000. Cette baisse, unique en Europe, peut s’expliquer par le conflit identitaire autour du Kosovo ou par l’influence historique de la Russie sur le pays. Cette dernière est renforcée par le parti présidentiel pro-russe au pouvoir et sa victoire aux législatives de 2023. Elle illustre les tensions géopolitiques UE-Russie et le poids des médias pro-russes sur l’opinion publique. Une autre explication de ce faible taux réside dans une lassitude de la complexité et de la lenteur du processus d’adhésion levant des doutes sur la réelle volonté des 27 de voir la Serbie les rejoindre. Le processus dure depuis plus de 20 ans et oscille entre progrès et recul. La priorité affichée par la Commission à l’élargissement ne semble pas trouver d’application concrète : les processus complexes durent plusieurs décennies, et la Serbie n’est pas un cas isolé. Si pour l’instant c’est le seul pays dans lequel les taux de soutien sont bas, l’UE peut craindre que ce sentiment d’immobilité ne se diffuse et fragilise son attractivité. Le cas serbe, et celui des autres Etats candidats adressés dans le rapport, soulève des questionnements sur la capacité de l’Union à conduire efficacement de futurs élargissements.

Sources :

Boran Tobelem, La procédure d’adhésion à l’Union européenne, 2024, https://www.touteleurope.eu/fonctionnement-de-l-ue/la-procedure-d-adhesion-a-l-union-europeenne/, consulté le 10 novembre 2025.

Lucas Da Silva, Serbie : où en est la procédure d’adhésion à l’Union européenne ?, 2025, https://www.touteleurope.eu/l-ue-dans-le-monde/serbie-ou-en-est-la-procedure-d-adhesion-a-l-union-europeenne/, consulté le 8 novembre 2025.

European Commission, 2025 Enlargement package shows progress towards EU membership for key enlargement partners, 2025, https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/ip_25_2584, consulté le 7 novembre 2025.

Directorate-General for Enlargement and Eastern Neighbourhood, Special Eurobarometer survey on enlargement and perception surveys, 2025, https://enlargement.ec.europa.eu/news/special-eurobarometer-and-perception-surveys-2025-09-02_en, consulté le 9 novembre 2025.

Euronews Srbija, Les obstacles de la candidature de la Serbie à l’UE, 2025, http://fr.euronews.com/my-europe/2025/10/29/les-obstacles-de-la-candidature-de-la-serbie-a-lue, consulté le 8 novembre 2025.