L’Union européenne face à la nouvelle stratégie de sécurité états-unienne

La Maison-Blanche a publié dimanche 7 décembre sa nouvelle stratégie de sécurité, mais les attaques envers la politique intérieure de l’Union européenne (UE) qui s'y trouvent font réagir.

Depuis que Trump est de retour dans le bureau ovale, l'UE a essayé à de nombreuses reprises de garder les États-Unis parmi ses alliés. Mais Trump n'a pas l'air de considérer les Européens comme les siens. Après l’humiliation de la signature de l’accord d’échange triplant les frais de douanes états-uniens pour l’UE, les Etats-Unis recommencent. Cette fois, c’est la sanction annoncée vendredi 5 décembre à l'encontre de la plateforme X (anciennement Twitter) d’Elon Musk qui fait réagir les fait réagir. En effet, la nouvelle stratégie de sécurité états-unienne affirme que l’Europe est en train de subir un “effacement civilisationnel” à cause de sa politique migratoire et saperait la liberté politique en réprimant et censurant l'opposition. Elle encourage donc l’UE à changer son cap sur de nombreux sujets, tels que la migration, la souveraineté ou le commerce. Le président du Conseil européen António Costa a réagit lors d'une conférence à Paris : « Si nous sommes des alliés, nous devrions nous comporter comme des alliés. Et les alliés ne menacent pas d'exercer une influence sur les affaires politiques internes de leurs alliés. On les respecte. On respecte leur indépendance ». Valérie Hayer, présidente du groupe Renew, considère que les États-Unis ne voient pas l'Europe comme un partenaire mais comme un fardeau, qu'ils essayent de diviser. Le document mentionne en effet que les Etats-Unis vont développer leur relation avec les “partis patriotes” afin de changer le cap suivi par le continent. Bien qu’aucun parti ne soit clairement mentionné, tous ont compris qu’il faisait référence aux partis conservateurs. Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán et la Première ministre italienne Giorgia Meloni représentent donc pour Trump des alliés naturels. Même si certains essayent de calmer les ardeurs de ceux qui s'offusquent, tous sont d'accord pour dire qu’il est temps de renforcer les capacités de défense de l’UE. Il n’y a cependant pas eu de réponse d’Ursula von der Leyen, qui cherchera peut-être encore une fois à apaiser les tensions entre les deux puissances.

Euronews a interrogé Andrew Puzder, l'ambassadeur états-unien à l'Europe, sur cette question d’“effacement civilisationnel”. Il lui ont alors demandé si pour les États-Unis l'Europe devait rester blanche et chrétienne et afin d'éviter cet “effacement civilisationnel”. L'ambassadeur a alors répondu que c'est une question d'identité partagée et de cohésion sociale. Selon lui, “ce sont le genre de personnes qui entraînent une augmentation de la criminalité, un déclin des valeurs culturelles, il y a même des villes où la police européenne ne veut pas entrer... Nous ne voulons pas voir l'Europe perdre son identité à cause de cela.” Nous pouvons donc nous demander si les États-Unis espèrent que l’Europe suive leurs méthodes anti-immigration, qui sont pourtant souvent menées de manière illégale.

L’UE se trouve maintenant face à un dilemme : tout faire pour garder les États-Unis alliés afin de soutenir l’Ukraine contre l'invasion russe, ou faire respecter son droit souverain de décider de ses règles et d'exécuter ses propres politiques. Cependant, il est important de noter que les concessions faites par l’UE en frais de douanes ne lui ont pas permis de participer aux discussions de paix organisées par les Etats-Unis concernant la guerre en Ukraine. Le Commissionnaire à la défense Andrius Kubilius affirme qu’il est temps pour l’Europe de suivre sa propre voie plutôt que de se contenter de réagir aux événements.

António Costa a déclaré que “l’Europe et les Etats-Unis ne partagent pas la même vision de l’ordre international”. Il est donc temps pour l’UE d’accepter que les Etats-Unis ne sont ne sont plus un allié aussi fiable qu’avant et qu’elle doit devenir plus indépendante dans certains domaines clés, tels que la défense et le commerce.

AFP, “Stratégie de sécurité américaine : l’Europe ne peut accepter une « menace d’interférence »“ , https://www.lesoir.be/715536/articl..., Le Soir, 8 décembre 2025, consulté le 27 décembre 2025
Jean-Marie Magro, “ "Wir können uns auf Washington nicht mehr verlassen" “ , https://www.tagesschau.de/ausland/e..., tagesschau, 8 décembre 2025, consulté le 27 décembre 2025
Maria Tadeo, “The US pounds the European Union in sharpest takedown yet as bloc mulls future of alliance“ , https://www.euronews.com/my-europe/..., Euronews, 10 décembre 2025, consulté le 27 décembre 2025
Méabh Mc Mahon et Maria Tadeo, “ 'Europe should not lose its identity', US Ambassador to the EU Andrew Puzder tells Euronews“ , https://www.euronews.com/my-europe/..., Euronews, 10 décembre 2025, consulté le 27 décembre 2025