Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières : outil de génie ou casse-tête réglementaire ?

« La tarification du carbone est une mesure que nous devons mettre en œuvre avec le plus grand nombre de pays possible, et le plus rapidement possible » déclarait Wopke Hoekstra, commissaire européen au climat, lors de la COP30 qui a eu lieu au Brésil en novembre 2025.

Afin de lutter contre la compétitivité étrangère et le dumping environnemental, l’UE a élaboré le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) qui vise à imposer une taxe carbone aux produits industriels les plus polluants, tels que l’acier, l’aluminium ou l’électricité. Entré en vigueur définitivement le 1er janvier 2026, ce dispositif s’inscrit dans la politique climatique de l’Union européenne. Il a été proposé en 2021 par la Commission européenne dans le cadre du paquet législatif « Fit for 55 », essentiel au Pacte vert européen et mis en œuvre progressivement à partir de 2023 à travers une phase transitoire.

Le Pacte vert européen constitue l’un des axes majeurs du premier mandat de la Présidente de la Commission européenne, Ursula von der Layen, annoncé en 2019. Son objectif est ambitieux car l’UE souhaite atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050, tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 55 % d’ici à 2030. Dans cette perspective, le MACF apparaît comme un outil central destiné à compléter le système d’échange de quotas d’émission carbone mis en place en 2005 et à en corriger les limites face à la mondialisation des échanges en taxant le dépassement de ces quotas, soit 83 euros la tonne de CO2 en décembre 2025.

L’un des objectifs fondamentaux du mécanisme est, notamment, de rétablir une concurrence équitable entre les entreprises européennes soumises à des normes environnementales strictes et les producteurs étrangers qui ne supportent aucune restriction. Le MACF s’est donc mis en place en deux temps. Il y a eu une phase de transition entre octobre 2023 et décembre 2025, durant laquelle les importateurs devaient seulement déclarer les émissions de gaz de ce qu’ils importaient afin de permettre aux entreprises de s’adapter à cette nouvelle contrainte réglementaire. Depuis janvier 2026, la phase définitive est entrée en vigueur, rendant obligatoire l’achat de certificats carbone pour les secteurs les plus polluants couverts par le mécanisme. Les bénéfices de ce mécanisme s’estiment à environ 1,2% du budget européen, ce qui montre une mesure prise réellement en faveur de l’environnement et non en quête de rentabilité. Des évolutions sont encore à prévoir pour le MACF au cours des années à venir comme la suppression totale des quotas gratuits et l’extension du mécanisme aux produits semi-finis.

Ainsi, des bénéfices environnementaux attendus sont significatifs. En limitant les « fuites de carbone », c’est-à-dire la délocalisation des activités industrielles vers des pays aux normes environnementales moins exigeantes, le MACF contribue à préserver l’efficacité de la politique climatique européenne. Il incite également les producteurs étrangers à réduire leurs émissions pour rester compétitifs sur le marché européen. Cette démarche permet à l’UE de s’imposer sur le plan environnemental en dehors de ses frontières.

Cependant, le mécanisme suscite de nombreuses critiques de la part des entreprises et de certains partenaires commerciaux de l’UE. Les industriels dénoncent un dispositif complexe, coûteux et administrativement lourd, en particulier pour les petites et moyennes entreprises. Pour répondre à ces inquiétudes, la Commission européenne a annoncé un projet de simplification visant à exempter de taxe environ 90 % des importateurs, principalement des PME, afin de concentrer le mécanisme sur les secteurs les plus polluants.

Sur le plan international, le MACF est également contesté par plusieurs pays exportateurs, qui y voient une mesure protectionniste déguisée. Dans les Balkans, par exemple, le mécanisme risque de fortement réduire les revenus issus des exportations d’électricité carbonée vers l’UE et d’entraîner des difficultés économiques pour ces États. Des inquiétudes similaires émergent parmi les pays en développement, qui redoutent un frein à leur accès au marché européen. D’autre part, des pays tels que le Japon, le Royaume-Uni et le Canada pensent s’inspirer de ce mécanisme.

Entre ambition climatique, équilibre économique et tensions commerciales, le MACF illustre bien la volonté de l’Union européenne de faire de la transition écologique un levier symbolisant de son soft power.

Sources :

Bellan Marie, Taxe carbone européenne aux frontières : mode d’emploi d’un dispositif très décrié, Les Echos, publié le 31 décembre 2026, https://www.lesechos.fr/monde/europe/taxe-carbone-europeenne-aux-frontieres-mode-demploi-dun-dispositif-tres-decrie-2207165 , consulté le 4 janvier 2026.

Gaillard Barthélémy, Olivier Arthur, Ledroit Valentin, Climat : qu’est-ce que le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, ou « taxe carbone européenne », toute l’Europe, publié le 22 décembre 2025, https://www.touteleurope.eu/economie-et-social/changement-climatique-qu-est-ce-que-le-mecanisme-d-ajustement-carbone-aux-frontieres-ou-taxe-carbone-europeenne/ , consulté le 4 janvier 2026.

Kurmayer J. Nikolaus, La taxe carbone aux frontières de l’UE impactera fortement les exportateurs d’électricité aux Balkans, Eurativ, publié le 18 décembre 2025, https://euractiv.fr/news/brussels-carbon-border-tax-to-decimate-revenue-for-balkan-power-exporters/, consulté le 4 janvier 2026.

RFI, La taxe carbone aux frontières de l’UE redéfinit les règles du commerce des biens à forte densité de carbone, publié le 2 janvier 2026, https://www.rfi.fr/en/environment/20260102-eu-carbon-border-tax-redraws-rules-for-trade-in-carbon-heavy-goods , consulté le 4 janvier 2026.