Memorial_1.png Crédit : REUTERS/Maxim Shemetov

Une décision du Tribunal de Moscou qui souligne une érosion de l’espace démocratique en Russie

Cette décision est un coup dur pour l'organisation fondée en 1989 par des dissidents soviétiques, dont le lauréat du prix Nobel de la paix Andrei Sakharov. Memorial est une ONG qui a passé des années à répertorier les atrocités commises en Union soviétique en relatant les purges de l'ère stalinienne et qui symbolise aujourd’hui la démocratisation post-soviétique. Ses partisans estiment de fait que sa fermeture marque la fin d'une époque dans le processus de démocratisation post-soviétique de la Russie, qui a débuté il y a 30 ans ce mois-ci. Le tribunal de Moscou qui a ordonné la dissolution de l’ONG l’accuse d’avoir fait l’apologie du « terrorisme » et de l’« extrémisme » en créant une fausse image de l'URSS et en dénigrant la mémoire russe de la Seconde Guerre mondiale. La décision est intervenue après que M. Poutine a accusé le groupe de défendre des "organisations terroristes et extrémistes".

Condamnations internationales

La Cour européenne des droits de l'homme (CEDH), à laquelle la Russie est théoriquement soumise en tant que membre du Conseil de l'Europe, a demandé au pays de suspendre cette décision. De même, cette annonce a suscité de vives réactions de la part de la communauté internationale. Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a déclaré que la dissolution de Memorial était une "perte terrible" pour la Russie, ajoutant que la décision était "profondément inquiétante" pour l'avenir de la recherche historique et la défense des droits de l'homme. Le gouvernement allemand a critiqué la décision de la Cour suprême de dissoudre l’ONG, son porte-parole Wolfgang Büchner déclarant qu'elle était "plus qu'incompréhensible" et violait les obligations internationales en matière de droits civils. "Le procès de Memorial montre une fois de plus que la répression contre la société civile en Russie continue de s'intensifier", a-t-il poursuivi. La ministre britannique des Affaires étrangères, Liz Truss, s'est dite "profondément préoccupée" par la liquidation de l’ONG par les tribunaux. "Memorial a travaillé sans relâche pendant des décennies pour que les abus de l'ère soviétique ne soient jamais oubliés. Sa fermeture est un nouveau coup dur pour la liberté d'expression en Russie", a-t-elle tweeté. Le secrétaire d'État américain Antony Blinken a dénoncé la "persécution" de l’organisation comme "un affront à leurs nobles missions et à la cause des droits de l'homme partout dans le monde".

La décision prise à l'encontre de Memorial couronne une année qui a commencé par l'emprisonnement d'Alexei Navalny, le principal critique du président Vladimir Poutine, et qui a été marquée par une répression historique des groupes de défense des droits et des médias indépendants. Il est en tout cas certain qu’un gouvernement qui a peur de regarder la mémoire de son pays ne peut pas espérer défendre correctement les droits de ses propres citoyens.

Sources :

Euronews “European Court of Human Rights calls on Russia to suspend Memorial closure” - https://www.euronews.com/2021/12/29/european-court-of-human-rights-calls-on-russia-to-suspend-memorial-closure, consulté le 04 janvier 2021

Times of Malta “Russian court orders rights group Memorial to close” - https://timesofmalta.com/articles/view/russian-court-orders-rights-group-memorial-to-close.924346, consulté le 04 janvier 2021

Le Monde « La Cour suprême russe dissout l’ONG Memorial, pilier de la défense des libertés dans le pays » - https://www.lemonde.fr/international/article/2021/12/28/la-cour-supreme-russe-dissout-l-ong-memorial-pilier-de-la-defense-des-libertes-dans-le-pays_6107511_3210.html, consulté le 04 janvier 2021

Site du Conseil de l’Europe - https://www.coe.int/fr/web/portal/-/secretary-general-liquidation-of-international-memorial-marks-a-dark-day-for-civil-society-in-the-russian-federation